Voilà un Film qui fait honneur au cinéma Français. Pas étonnant qu'il soit l'oeuvre d'ABDELALLATIF KECVHICHE; Sans ce film combien d'entre nous savaient qui était cette Sud Africaine de l'Ethnie des koisan qui a vécu de 1790 à 1815 en étant une esclave  à la destinée humaine si courte et si démonstrative  de la douleur de l'humanité?
Comme le dit le réalisateur: " La plupart du temps dans un film ce que l'on montre c'est le regard de ceux qui voient les spectacles et qui en général ne sont pas dupes d'assister à un jeu. Mais ce sont ceux qui ne regardent pas vraiment cette femme, comme CUVIER, qui ont un regard politique, car ils ont besoin de ce personnage considéré comme le chainon manquant entre l'homme et le singe pour servir leur théorie raciste. C'est évidemment le pire des regards. Celui qui a donné sa dimension tragique au destin de SAARTJIE BAARTMAN.....J'ai été saisi par sa tenue, par son mystère, par son physique même. J'ai immédiatement eu envie de la serrer très fort dans mes bras. Dans un esprit de fraternité. En ne cessant de me demander si toute cette souffrance avait un sens. La souffrance physique sans doute, mais aussi celle provoquée par la solitude et plus que tout celle du regard de l'autre portée sur elle.... Partant de ces éléments , j'avais le désir que le spectateur puisse s'interroger - comme moi je l'ai fait- et non pas lui servir une histoire toute mâchée qu'il pourrait regarder confortablement.; Par respect pour cette femme,  je lui ai conservé autant que possible son mystère. Pour ne pas la trahir, pour ne pas ajouter un viol à ceux qu'elle a subie....je ne devais pas faire un film joli, proposer par exemple un mélodrame qui aurait permis de s'identifier au personnage. Habituellement on cherche à séduire le spectateur, consciemment ou non. A lui procurer du plaisir, à le divertir. L'histoire de ce personnage ne se prêtait pas à ça.. La traiter ainsi aurait été indécent. J'ai donc préférer déranger plutôt le spectateur. Résister autant que possible à la tentation de la séduction. Son malaise est le mien. Et s'il y a voyeurisme, il est provoqué par un personnage qui a aussi une dimension érotique, que je ne voulais pas occulter. Même dans son avilissement, le personnage conserve une beauté et une sensibilité que je voulais montre".6abdellatif KECHICHE (extrait de :JEUNE AFRIQUE;COM).

Mieux qu'un long discours ces paroles expliquent parfaitement  les objectifs de ce film qui reste grand public. kechiche à pris cet évènement et a travaillé de façon à ne rien occulter de la réalité  ni surajouter. Il a exposé la vérité torride de la vie sans effet  spéciaux pour rendre compte de la mort prématuré , de la souffrance endurée par les esclaves dans une société sensée être moderne qui avait abolie l'esclavage. Son leitmotiv est la vie nue et pure, dans une société capitaliste naissante pour dépasser cette réalité et faire jaillir une force tournante, le nerf de la nature vraie. Son film n'a  d'autre objectif de donner à voir  la vie. On comprend tout sans qu'on ait besoin de rien expliquer.

Il a ordonné chaque séquence, mesuré chaque parole, chaque bruit, chaque son pour mettre en exergue la colère, la résignation  de cette femme dans sa volonté de garder sa dignité humaine de femme noire. Sa camera fait une étude psychologique des personnages, de la foule, et des savants de cette époque en la personne de CUVIER et de sa société savante devant qui il exhibe le organes génitaux arrachés à la morte pour étayer  son cours naturaliste e,scientifique ?, sur l'animalité sauvage de certains être que l'on jugeait inférieurs en écartant l'idée que la race blanche descende elle aussi du singe.

Ce film est à la fois une synchronie (déroulement simultané des évènements dans le temps) et une diachronie (déroulement successif des éléments du temps). Il aide parfaitement à mieux appréhender ,par la méditation, l'histoire humaine dans sa complexité pour en faire une histoire de la connaissance jusqu'au bout de ses conséquences. En dressant à travers les 5 dernières années de cette Venus noire l'univers humain d'une époque il aide à comprendre le processus de la connaissance, du savoir par le sens que les humains donnent à leurs actes  Ce film dépasse la conscience individuelle pour devenir un sujet collectif. Le réalisateur a complètement maitrisé le sens de son film pour donner à comprendre par la rigueur esthétique dans les choix de sa conception et des effets produits, par ses choix au niveau du scénario, de la mise en scène , du cadrage que le cinéma est aussi une force de réflexion sensitive.

Il est heureux que la France  ait conservée la dépouille de cette héroïne malgré elle  en exposant son moulage au Musée de l'homme jusqu'en 1974 et qu'elle ait finie par accepter de la rendre à son pays  en 2004, suite à la demande formulée par son President MANDELA à Mittérand en 2000. Ce film pour adulte de 2 h 39 doit être regardé dans sa dimension humaine.

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